La fatigue s’installe sur les 5 Jours du Léman
Après plus de cinquante heures de régate dans des conditions parfois éprouvantes, les concurrents des 5 Jours du Léman 2026 évoquent tous la fatigue qui commence à se faire sentir.
Un deuxième abandon a été signalé durant la matinée par le comité des 5 Jours du Léman. Nicomatic by C2NY a en effet renoncé après une halte à Nernier. Exténué, l’équipage, qui souhaitait prendre un peu de repos, a dû mettre pied à terre pour s’amarrer. Or, si le règlement permet de rester dans un port sur une bouée de gréement, il n’autorise pas à mettre pied à terre. Le voilier de Damian Harris et Sebastian Fivaz a donc dû mettre un terme à sa course.
Pour le reste de la flotte, les leaders ont bouclé leur troisième tour du lac en milieu d’après-midi. LBLP Architectes – Satellite Communication a pris les commandes de la régate dès le passage de la bouée de Genève, peu avant l’aube. Le bateau des frères Preitner s’est même échappé en fin de matinée et navigue depuis avec une confortable avance sur ses poursuivants : Balu, …moi non plus, G. Hominal & ses fils, Lascar – LUCV et Chinook. Une quinzaine de Surprise naviguent encore de manière relativement groupée derrière le meneur. L’intensité de la régate reste à son maximum.
Plusieurs témoignages laissent entendre que la fatigue s’installe à bord de tous les bateaux. La bise soutenue qui souffle chaque nuit ne permet pas aux régatiers de trouver le sommeil. La plupart sont contraints de se contenter de quelques courtes siestes durant la journée.
- À bord de Primeo Énergie, Robin Christol plaisante, les paupières à demi ouvertes : « La fatigue s’est invitée à bord, et avec la Bise la nuit, on se retrouve à quatre… » Le régatier déplore toujours son manque de connaissance du plan d’eau par rapport aux locaux : « On a un peu de mal avec les transitions, on continue de découvrir. Mais on s’accroche plutôt bien et on fait en sorte de ne pas laisser partir le paquet de tête. »
- Marie Dayer, sur Silure, confiait avoir songé à l’abandon tant la fatigue était intense. « On avait presque pris la décision, puis on s’est rappelé nos objectifs, notamment celui de finir. On a donc décidé de continuer et de faire en sorte de dormir davantage dès que c’était possible. »
- Marc Fredon, sur Léman Plaisance, évoque quant à lui quelques figures de style, ainsi que l’inconfort à bord. « Nous sommes partis à l’abattée de nuit, devant Versoix. C’était un peu rock’n’roll. Heureusement, on n’a rien cassé. Juste quelques petites déchirures dans le spi. En plus, nous avons une fissure dans le pont et nous prenons un peu l’eau. L’ambiance est un peu humide. Les conditions sont vraiment belles, mais quand même un peu sportives. »
- Tobia Wiss, sur Luc Voile 2, relève l’intensité de la Bise durant la nuit et l’impossibilité de dormir. L’équipage continue malgré tout de profiter des moments plus calmes pour prendre un peu de repos.
- Laurie von den Broek, à bord de Luc Voile 1, n’est pour sa part pas satisfaite du classement : « On s’est fait larguer depuis le début. Tout ce qu’on tente ne marche pas. » Bizut de l’épreuve, la navigatrice reste toutefois positive et se réjouit de chaque mètre grappillé sur son groupe. « On a du mal à dormir, la Bise est vraiment forte à certains moments. On est toujours en surpuissance ! »
- Fanny Duperret, sur Adrénaline, s’émerveille des pointes à 12 nœuds et cherche elle aussi de courtes fenêtres de repos durant la journée. Tandis qu’Esteban Fischelin évoque une situation de « guerre » à bord de La Rivale 3 : « Je n’ai jamais vécu une Bise pareille. On a navigué à 12 nœuds sans spi et on remonte au près sous un ris et foc. C’est vraiment dur. On n’a pas mangé pendant quinze heures. » L’équipage a toutefois trouvé un moment pour se restaurer dans la journée, et s’est même offert une petite bière pour accompagner ses pâtes au saumon.
Ces témoignages promettent une suite encore plus difficile. La Bise est attendue aussi forte que la nuit précédente dans les heures à venir, ce qui signifie une nouvelle nuit blanche pour la plupart des concurrents. La flotte des 21 bateaux encore en course franchira le cap symbolique de la mi-course cette nuit à 2 heures du matin.

